Chameleon

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Échantillon

par Clément Marot (1497-1544)
(Du recueil L’Adolescence clementine)
traduit par David Short
A une Damoyselle Malade To An Ailing Maiden
  1. Ma mignonne,
  2. Je vous donne
  3. Le bon jour.
  4. Le sejour
  5. C’est prison :
  6. Guerison
  7. Recouvrez,
  8. Puis ouvrez
  9. Vostre porte,
  10. Et qu’on sorte
  11. Vitement :
  12. Car Clement
  13. Le vous mande.
  14. Va friande
  15. De ta bouche,
  16. Qui se couche
  17. En danger
  18. Pour manger
  19. Confitures :
  20. Si tu dures
  21. Trop malade,
  22. Couleur fade
  23. Tu prendras,
  24. Et perdras
  25. L’embonpoint.
  26. Dieu te doint
  27. Santé bonne
  28. Ma mignonne.
  1. Sweet Jeannou,
  2. I bid you
  3. A good day.
  4. Though your stay
  5. Is like gaol,
  6. You’ll be hale,
  7. Hearty too!
  8. Then go through
  9. Your room’s door
  10. To some poor
  11. Restaurant;
  12. For Clément
  13. Does insist:
  14. Don’t resist
  15. Your sweet tooth.
  16. It’s the truth
  17. That you’d fast
  18. Scoff their last
  19. Cheese, frog, snail,
  20. Partridge, quail
  21. And jam bun!
  22. Have sweet fun,
  23. Lest your cheeks
  24. —thin, for weeks—
  25. Lose more wealth.
  26. God give health
  27. Back to you,
  28. Sweet Jeannou

Analyse et informations supplémentaires

Un jour, mon père m’a fait cadeau d’un beau livre intitulé Le Ton beau de Marot.  Il s’agit d’une œuvre très épaisse écrite en anglais par l’Américain Douglas Hofstadter sur un seul petit poème de vingt-huit lignes dont il est tombé amoureux quand il était étudiant. C’est un livre très curieux, sans argument logique : ce sont plutôt les ruminations d’un homme sur les mystères de la traduction, et une réflexion sur la mort de sa femme suite à une rare maladie.  Car le poème fut écrit en automne 1537 pour souhaiter de la bonne santé à une jeune fille malade.  La fille s’appelait Jeanne d’Albret de Navarre et elle avait sept ou huit ans quand son ami le poète lui écrivit ce petit message.

Hofstadter identifie sept caractéristiques du poème qu’il considère fondamentales :

  1. Il est composé de vingt-huit lignes.
  2. Chaque ligne possède trois syllabes.
  3. C’est la dernière syllabe de chacune qui est accentuée.
  4. C’est une série de distiques de rime (AABBCCDD…)
  5. Dans les quatorze premières lignes il la vouvoie, puis il procède à la tutoyer dans les quatorze dernières.
  6. La première ligne et la dernière sont pareilles.
  7. Le poète inclut son propre prénom au milieu du poème.

    Moi j’y ajouterais :

  8. le fait que c’est aussi une série de distiques sémantiques à partir de la deuxième ligne (ABBCCDDEE…A, donc non synchronisé avec la rime).
  9. le sens général du poème (le thème de la nourriture etc).
  10. la rime est orthographiquement parfaite aussi : par exemple, Marot fait rimer « confitures » avec « si tu dures » et non pas avec (par exemple) « Oui, c’est dur », ce qui serait une rime correcte aussi, mais sans le même impact visuel.
  11. Le contexte historique et géographique.


Le livre contient de nombreuse tentatives de traduction (une cinquantaine, je crois) et si vous cherchez sur Internet, vous en trouverez d’avantage.  Ici, j’ai décidé de ne mettre que la mienne, qui est techniquement presque parfaite et artistiquement…  ce n’est pas à moi de le dire.  Médiocre, peut-être.

J’ai respecté les points 1-7 sauf le numéro 5.  L’équivalent du choix qui existe en français entre « tu » et « vous » semble assez évident  : « tu » est « thou » et « vous » est « you ».  On parla ainsi en anglais jusqu’à la Renaissance.  Cependant, pour un lecteur moderne, « thou » (« tu ») ne représente pas un niveau de familiarité plus élevé, mais bien le contraire : on ne voit plus ce mot sauf dans la Bible.  Il nous suggère une grande formalité, tandis que « you » nous semble un mot quotidien et familier, bien que son origine soit le « vous » de politesse français.  Pour éviter ce malentendu, et faciliter la rime, j’ai décidé de ne tenir aucun compte de cette règle.

Quant aux règles que j’ai trouvées moi-même :

  1. J’ai maintenu les distiques sémantiques.
  2. J’ai été très fidèle au sens du poème et de chaque ligne.
    Si vous croyez que je n’ai pas été si fidèle, essayez de traduire un poème en n’importe quelle langue en respectant onze règles de structure !
  3. J’ai tenté de maintenir la perfection orthographique de la rime, mais je l’ai trouvé impossible en anglais.
  4. J’ai utilisé un langage et des mots légèrement archaïques (« gaol » au lieu de « jail » ou « prison ») pour respecter le contexte historique et, dans mon choix des aliments qu’elle doit consommer, j’ai inclus quelques plats qui font typiquement français en anglais, pour faire allusion au contexte géographique.

La traduction de « ma mignonne » est difficile.  D’autres traducteurs ont mis « pretty one », « sweetie pie », etc.  Moi, j’ai finalement décidé d’utiliser le fait que la fillette s’appelle Jeanne pour pouvoir inventer un petit surnom que le poète aurait pu lui donner : « Jeannou », ce qui permet une rime facile avec « you ».

Le respect de la règle nº 7 est dur aussi.  D’autres traducteurs ont décidé de représenter Clément par « I », « my » ou de mettre le prénom du traducteur.  Moi j’ai voulu conserver « Clément ».  Cependant, ceci pose le problème de devoir faire rimer un prénom français avec un mot anglais.  Ma première solution était d’adapter la prononciation de Clément pour le faire rimer avec des lignes telles que « Soldier on », mais je n’aimais pas le fait qu’il fallait prononcer Clément avec un accent anglais pour que la rime fonctionne.  Ma solution finale était de trouver un mot français que l’on utilise de façon habituelle en anglais ; j’ai trouvé le mot « restaurant ».  Le lecteur est donc libre de bien prononcer les deux mots français, ou bien de les prononcer avec le son « -on » ou « -ont » à la fin, mais l’important, c’est qu’il les prononce de la même façon, pour qu’il y ait une rime.

Mon titre pour la traduction est soit « To a Poorly Princess » soit « To an Ailing Maiden ».

Vous trouverez toute la poésie de Clément Marot sur http://poesie.webnet.fr/auteurs/marot.html.

©MMIV–MMVIII David Short. 

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